Série “Portraits de Femmes Expatriées”

Nadège, 21 ans d’expatriation, 9 pays, 4 continents

1-Je te laisse te présenter en quelques mots…

Nadège B.F. J’ai 48 ans, je suis française d’origine et néo-zélandaise d’adoption. J’ai 3 enfants, tous nés en expatriation. Je suis de nature joviale, j’aime rire, j’aime partager, j’aime l’expatriation même si elle ne m’a pas toujours aimée. Je suis naturellement sociable, j’aime surtout être avec des communautés mixtes et ne cherche pas a être avec des communautés “mono nationalité/culture”. Je n’ai pas de passions mais plusieurs centres d’intérêt: la cuisine, le bricolage, la rencontre avec les gens et le partage, être avec d’autres femmes pour partager nos expériences, un bout de nos vies.

2-Qu’est ce qui t’a amené à partir en expatriation, raconte-nous ton parcours?

J’ai toujours aimé l’international. A 17 ans je suis partie après le Bac pour être jeune fille au pair aux Etats Unis. Puis le Mexique pour 3 mois avant de revenir en France ou je pensais faire des études… Mais très peu pour moi, je devais combiner un job la nuit et les études le jour, après 2 années je lâche les études et trouve un poste hôtesse standardiste dans une agence de pub. Quelques mois plus tard, je prends le poste d’assistante de direction du département international, et ça y est, ceci me sert de tremplin pour 10 années dans la pub: ma spécialité, la coordination internationale. J’ai commence avec Mars Confiserie, puis pour L’oreal en changeant d’agence. Mon Kif? Travailler avec plus de 45 pays, donc 45 nationalités dans mon quotidien, un vrai plaisir.

Donc lorsqu’un poste a été crée a Moscou, et que mon mari était en pour parler avec sa boite pour un poste a Moscou, je me suis naturellement mise sur la liste des intéressés. Et grâce a mon expérience de l’international, et aussi parce que j’ai toujours aime la Russie (je ne dois pas avoir un prénom russe pour rien!), je suis partie directrice de clientèle pour 2 ans.

Puis s’enchainent les pays après la crise en Russie en 1998, et je dois quitter mon poste pour “suivre mon mari”.

L’arrivée en Nouvelle Zélande fut difficile car je me suis retrouvée sans travail, sans groupe social, et bien qu’étant bi-lingue les premiers 6 mois de cette 2 ème expatriation n’avaient rien a voir avec l’expérience de la Russie. J’ai du me créer mon environnement social, dans un pays certes accueillant mais pas facile d’être dans l’intimité tout de suite avec les Kiwis.

J’ai monte ma boite d’import de vêtements de voile de la marque Décathlon, je m’occupais de tout, seule a bord.

J’ai eu mes 2 filles, 2 bébés de 16 mois d’écart: une autre expérience en expatriation en étant seule sans famille sans personne pour aider.

Lorsque nous partons pour Prague 4 ans plus tard, j’ai un espoir de retourner dans la pub. Mais lorsqu’on quitte la pub, il est difficile d’y retourner après plusieurs années d’arrêt. J’ai donc fait un bilan de compétence, tout en apprenant le tchèque et de m’occuper de mes enfants. J’ai toujours adore les arts&crafts, et j’adore cuisine et pâtisser… Etant aussi très sociable, je ne suis jamais seule. J’ai cette chance de pouvoir donc être en compagnie ou seule au rythme de mes désirs du moment.

Le bilan de competences m’a permis de mieux me connaitre, et il etait clair que l’aide, le partage et les femmes devraient faire partie de mon futur métier…

Mais voila que nous changeons de pays, direction la Hongrie. J’ai la chance de pouvoir travailler dans une agence immobilière et de développer le département “relocation”. Un vrai Bonheur. Mon 3ème enfant ne, j’arrête de travailler et de toute façon nous quittons la Hongrie pour l’Italie.

Courte période d’un an, 1 année géniale… Nous partons pour l’Indonésie, Jakarta…. L’expatriation de l’enfer… J’ai très mal vécu ce changement, j’ai eu du mal a m’adapter a cette ville. Je n’avais pourtant pas l’impression d’avoir change quoi que ce soit: toujours aussi sociable, toujours aussi active: on avait la maison, l’école des enfants était top, des groupes de femmes géniaux… Mais quelque chose n’allait pas. Mon couple n’allait pas très bien, bref, c’était dur. Je me suis lancée dans le bénévolat, et la j’ai vraiment trouve une “purpose of my life in Jakarta”. Responsable du département bois d’une association pour handicapes, j’ai eu beaucoup de plaisir et de Bonheur a participer a ce projet, et cela pendant 2 ans.

Malheureusement pendant que je faisais tout pour m’intégrer et aimer cet endroit, mon mari lui avait trouve “réconfort” dans les bras d’une jeune locale, il était prêt a partir lorsque j’ai découvert sa relation de longue durée. Le couple est au bord de la séparation, je passe les détails, mais changement radical, il décide de rester, et on part en famille pour la Chine, Shanghai, ma bouffée d’air comme j’aime l’appeler. Je fais partie du book club du compound, je reprends les études par correspondance et passe mon diplôme de PA avec un collège au UK.

J’ai adore mes 2 années en Chine… La famille survit, la relation de couple passe par des hauts et des bas. On ne se remet pas d’une telle expérience de trahison juste parce que on décide de rester ensemble, surtout lorsqu’on habite encore en Asie… Et au moment ou j’écris cela fait 5 ans, et ce n’est toujours pas top…

Apres la chine, direction l’Argentine, Buenos Aires… 2 années ou lorsque j’ai fini mes études, je me mets a l’espagnol, et je crée mon groupe “Bunch of beautiful ladies”. Un groupe international de femmes, on se retrouve une fois par mois, pour le seul plaisir Etre ensemble et de partager sur tout, absolument tout…

Et voila que nous quittons a nouveau, mais cette fois nous avons choisi le pays: Barcelone espagne.

3-Pourquoi ce pays ?

Il fallait que nous décidions en Mars 2017 de la ou nous nous installerions pour les 5 prochaines années minimum, et mon mari ayant quitte son poste, le choix du pays nous revient, et tout naturellement on se tournais vers Barcelone: continuité linguistique pour les 3 enfants qui parlent déjà couramment l’espagnol, l’entrée en IB de mon aînée et la 2 ème qui suit juste derrière, et notre fils qui peut lui aussi faire un peu dans la stabilité. Et MOI. Moi aussi j’ai envie de savoir ce que cela fait d’être dans un même endroit pendant plus de 2 ou 3 ans. J’avais très envie soit de rentrer en Nouvelle Zélande, soit de rentrer en Europe. La Nouvelle Zélande, c’est loin de l’Europe. Donc se posait la problématique des parents respectifs, et je suis très attachée a mes parents, donc tant qu’ils sont vivants, je ne veux plus être trop loin. Et la NZ, ce sera toujours chez nous, alors on pourra y rentrer plus tard.

J’aime Barcelone, c’est ma Prague du Sud.

4-Qu’as-tu appris sur toi grâce à cette expérience ?

MES expériences, parce que chaque changement de pays est une nouvelle expatriation. J’ai appris ou plutôt découvert combien j’aimais les gens. Et surtout les femmes. J’aime être avec les femmes, et faire des choses dans le but améliorer leur vie.

J’ai appris que j’avais une grande capacité a m’adapter, même lorsque je déteste au début…

J’ai appris que j’étais plus forte que je ne le pensais. Que j’étais capable d’avoir la force de faire face a des situations émotionnelles fortes.

J’ai appris que j’étais pleine de ressources, et que ma créativité n’avait pas de limites pour me sortir de situations difficiles.

J’ai appris que grâce a ma personnalité sociable, j’ai des amis partout dans le monde… The world is my playground!

J’ai appris que si c’était a refaire, et bien je ne quitterais pas mon poste pour suivre mon mari sans avoir un minimum d’assurance que je ne me retrouverais pas dans la difficulté en cas de problèmes. Mais aussi afin de pouvoir mieux vivre l’expatriation au sein de mon couple. Le fait de ne pas travailler a beaucoup impacte mon image et mon self esteem.

Aujourd’hui je suis modératrice du groupe des expats nanas séparées divorcées, et j’ai crée le groupe des expats single mums… L’entraide et la bienveillance sont les deux valeurs indissociables de l’expatriation. Et en montant ma boite avec l’aide du programme de coaching d’Anne, j’espère pouvoir aller encore plus loin dans cette entraide et cette bienveillance pour les femmes “trailing spouse”.

5-As-tu rencontré des difficultés ? Quelles sont-elles ? Comment les as-tu dépassées ?

Dans mes expatriations, je crois que j’ai eu de la chance, bcp de chances.
Des pays plutôt faciles, même si pour moi l’Indonésie a été le plus difficile, car ce mode de vie est complètement a l’oppose de ce que j’aime: du staff, un chauffeur, alors que j’adore conduire, j’ai l’impression au début d’avoir perdu ma liberté et mon intimité. Il me faut un certain temps pour réussir a passer cela, et a commencer a apprécier le fait d’avoir du staff sans me sentir envahie: apprendre a justement développer les compétences du staff pour qu’ils aient un meilleur future, bref prendre les choses de telle sorte que le staff soit vu comme une entreprise et le gérer de la même façon avec une dimension humaine.

Mes difficultés elles sont plus liées a mon couple. Le couple qui se dégrade au fil des expatriations. Le couple qui au lieu de créer une cellule du Bonheur crée un couple en constante compétition parce que on ne vit pas les mêmes choses. Ce sont deux êtres qui vivent une expatriation différente dans le même pays sous le même toit.

Mes difficultés elle sont liées au fait que j’ai cesse mon activité professionnelle et que je n’ai pas su ou pas pu rebondir de façon satisfaisante parce qu’il fallait toujours bouger, changer. Alors certes je détiens le palmares du nombre de pays en 21 ans, mais bon, cela a coûté cher a mon couple, et a mes enfants.

6-As-tu vécu des moments de découragement,  qu’est ce qui t’aide ou t’as aidé à rebondir ?

Avoir des amies m’a aider a mieux appréhender les difficultés de la vie en Indonésie lors de l’installation. C’est une caricature dans le monde des expats la bas que les trailing spouse ne font que de parler de leur staff, mais c’est une réalité. Avoir sous son toit des personnes dont on est responsable parce que derrière ils ont toutes leur famille, mais aussi parce que ce sont des gens qui gagnent au mois ce que nous dépensons en une seule fois pour les courses. Ce qui est difficile c’est de gérer des gens qui ont la culture du mensonge non pas pour le plaisir de mentir, mais parce qu’il ne faut jamais perdre la face… Et quand on a un mari qui n’a pas envie d’entendre cela, qui n’a pas envie d’aider, et bien on se retrouve dans la situation de tromperie dans laquelle je me suis retrouvée.

7-Peux-tu nous partager par quelles émotions es-tu passée ?

Avant de partir, j’étais…

Je vais parler des 8 pays d’un cote, et de l’Indonesie de l’autre.

Tous les pays, avant le départ, c’est l’excitation. L’Indonésie, c’était la tristesse, le rejet, je pourrais même dire la panique. En anglais on dit “trust your guts”, et bien cette expression n’a jamais eu autant de sens et réalité pour moi que ce mois de Novembre 2009 ou il a fallu prendre la décision de quitter l’Italie pour l’Indonésie. 3 ans et demi mouvementées étaient sur le point de commencer…

 

Une fois sur place, j’étais…

Tous les pays, un mélange d’excitation, de moments d’angoisse, surtout si un des enfants est malade, d’euphorie, de joie et de Bonheur.

L’Indonésie, la première année, c’est toujours dure: toujours triste, déroutant, angoissant, je pourrais même dire rebutant.

Mais après 3 ans, et avec le recul, j’ai appris a aimer le pays, car l’Indonésie a beaucoup à offrir, j’adore la cuisine indonésienne, j’ai beaucoup de meubles indonésiens, j’adore le batik, et j’ai construit des amitiés extraordinaires.

Aujourd’hui, face à cette expérience de l’expatriation, je suis…

Je suis armée pour faire face a tout. Du reste parfois les gens ont un peu peur de cette “attitude un peu blasée” que j’ai l’air d’avoir. C’est le plus de cette Expatriation faite de multiples destinations, c’est que plus aucune expatriation ne pourra me déstabiliser. J’ai réussi a faire de mes faiblesses une force, je suis résiliente, mais je sais aussi reconnaître le positif dans toutes situations. Aujourd’hui je suis fière de moi d’avoir encore une famille unie même si ce n’est pas parfait, et d’être capable de parler de mes expatriations et de celle de l’Indonésie en particulier de façon ouverte, et constructive. J’ai trouve avec l’Espagne mon pays des 5 prochaines années, c’est nous qui l’avons choisi, Et puis j’arrive a un age ou le fait d’être passé par tous ces moments de vie, positifs et négatifs,  cela me permet de dire: maintenant, c’est moi. Cela fait 20 ans que je donne ma vie mon temps a la carrière de mon mari et a mes enfants, et même si cela m’a apporte des opportunités, tous ces changements ne m’ont pas permis de me développer professionnellement, et qui ont mis a l’épreuve mon moi intérieur profond.

8- Et ton parcours professionnel dans tout ça comment l’as-tu géré ? Partage nous.

Et bien un peu a l’as. Je suis toujours restée active, mais pas forcement dans le sens que le monde du travail et du parcours professionnel l’entend. Je crois que j’ai attendu trop longtemps en espérant retourner dans la pub que je pensais être mon domaine avant de songer a faire autre chose.  Aujourd’hui je suis heureuse d’avoir franchi le pas et de dédier du temps a développer un projet qui me tient a Coeur. Avoir une activité nomade, il y a 21 ans, cela était difficile. A moins d’être prof, maîtresse, psy ou orthophoniste, il était presque impossible de trouver du travail en local. Avec le coaching que j’ai entrepris je développe enfin un projet qui vient de mes “guts” (tiens on les retrouve!).

9-La tagline du Congrès de l’Expatriation au Féminin est « Agir pour s’épanouir», qu’est ce que ça t’évoque ? Comment y arriver ?

je suis toujours dans l’action mais cela me m’a pas tjs epanouie.

Je serais plus en ligne pour “se découvrir pour (mieux) épanouir”. Car en 9 pays, je ne peux pas dire que je sois restée sans actions: 15 déménagements, 3 enfants, un mari au top de sa carrière, des voyages, des adaptations, des amis, des repas, Mais moi malgré un nouveau diplôme, plus de langues et plus de connaissance des différentes cultures, le rythme des changements était trop soutenu pour avoir une carrière a moi.

 10-Et si on voyageait ensemble…

Qu’est ce qui t’a marqué en arrivant dans ton pays d’accueil ?

L’Espagne: c’est l’Europe. C’est chez moi. Je me suis fondue dans la masse tout de suite.

Comme dans la plupart des pays, je m’adapte plutôt facilement. L’Indonésie fut le plus déroutant, par son climat chaud et humide, les odeurs de poubelles en décomposition, l’eau stagnante. Des la sortie de l’aéroport a Jakarta, on sent cette odeur nauséabonde, qui n’est pas représentative de la merveilleuse odeur des épices de la cuisine indonésienne, ni des massages extraordinaires que l’on peut faire. Mais c’est l’odeur de Jakarta…

Qu’est ce que tu apprécies vraiment ?

Le style de vie européen: en ville, plus de sécurité qu’en Argentine, plus de liberté de mouvements: en transport en commun, en voiture. Des vrais lieux pour acheter de la nourriture, le choix et la qualité. Je me sens chez moi. Je suis chez moi, comme si j’etais en Nouvelle Zélande ou en France.

Qu’est ce que tu aimes moins ?

Pour le moment rien…. Car il n’y a pas d’endroits parfaits. Si vraiment je devais en trouver un, je dirais que je n’aime pas le coté barcelonais de faire la guerre aux voitures en créant de multiples voies de vélos, et créant ainsi de grands embouteillages, mais qui comparés a l’Indonésie et la Russie sont “peanuts”.

 11-Une anecdote à nous partager ?

Ma fille aînée s’appelle Cléophée Tui (nom maori) Valentina (nom russe), et en Nouvelle Zélande les gens me demandaient toujours pourquoi j’avais prénommé ma fille “coffee”!

 12-Que dirais-tu à celles qui hésitent à se lancer dans cette aventure qu’est l’expatriation ?

L’expatriation, ce ne sont pas des vacances. Il faut donc se préparer, se préparer sur le long terme. Et je ne parle pas de la préparation technique (déménagement, logement, école) je parle de la préparation psychologique, mais aussi professionnelle/reconversion.  L’expatriation, c’est certes une aventure, mais c’est surtout vivre sa VIE, en couple, en famille, avec tout ce qu’une vie peut apporter : son lot de bonheur, et son lot de tristesse. Et cela dans un environnement qui parfois est déroutant, certes excitant, mais parfois hostile… Ma reco perso : ne pas partir sans rien : ne pas lâcher son travail sans compensation (quelle soit du cote du mari ou du cote de l’entreprise), communiquer avec son partenaire (a ce sujet je déconseille de partir en expatriation en tant que conjoint suiveur sans être mariée), sur les aspects positifs et aussi négatifs de expérience, a tout moment de cette expérience. Aujourd’hui grâce aux réseaux sociaux, cela est plus facile d’avoir des informations, et de partager.

Ce portrait t’a plu ? Tu as toi aussi envie de participer à la série “Portrait de femme en expatriation” ? Envoie moi un mai à anne@expatriationaufeminin.com et raconte moi ton histoire en quelques lignes. Je te recontacterai ensuite. 🙂

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