Série “Portraits de Femmes Expatriées”

Lucile, de directrice générale à entrepreneure, de Toronto à Montréal

1-Je te laisse te présenter en quelques mots…

Bonjour, je m’appelle Lucile et je suis maman de deux enfants Louison (8 ans) et Arthur (10 ans).

Après avoir vécu en Angleterre pour mes études et en Allemagne pour mon premier travail, j’ai rencontré mon mari à Paris. Après quelques années passées à travailler dans la capitale, j’avais très envie de repartir à l’étranger.

A l’époque mon mari ne parlait alors pas anglais (il est devenu bilingue depuis). Le Québec faisait de grandes campagnes de recrutement pour inciter les français à immigrer et nous avons sauté sur l’occasion…

Nous voulions nous installer 3-4 ans à Montréal puis repartir ailleurs… cela fait 14 ans que nous sommes au Canada !

2-Qu’est ce qui t’a amené à partir en expatriation, raconte-nous ton parcours?

J’ai toujours eu la bougeotte. Avec mes parents nous déménagions tous les 2-3 ans au rythme des mutations de mon père. Tout naturellement quand j’ai débuté mes études j’ai eu envie de repartir et ça a continué quand j’ai commencé à travailler…Cet été nous quittons Toronto pour repartir à Montréal ce sera mon 19èmedéménagement !

J’ai toujours trouvé extrêmement intéressant et enrichissant de découvrir de nouveaux pays et surtout d’y vivre (très différent de l’approche touristique). En plus je trouve que, comme cela n’est pas «notre» pays, on a une autre approche, on prend du recul, on est plus positif par rapport aux choses !

3-Pourquoi ce pays ?

J’ai adoré vivre à Berlin peu de temps après la chute du mur et j’avais vraiment envie d’y retourner. Mais j’ai rencontré mon mari, un parisien pure souche qui n’avait jamais déménagé et parlait très mal anglais… Il a tout de suite été d’accord pour partir en expatriation avec moi, il était même prêt à régresser un peu professionnellement en arrivant dans un nouveau pays mais pas à repartir de zéro.

Après avoir analysé un peu le marché, le Québec s’est imposé comme la destination à privilégier… nous ne l’avons jamais regretté !

4-Qu’as-tu appris sur toi grâce à cette expérience ?

Quand on s’expatrie quelque part on apprend beaucoup sur soi-même :

  • Il faut savoir s’adapter à une nouvelle culture et la respecter
  • Il faut être débrouillard car tout ce qui était simple avant est compliqué dans les premiers temps
  • Il faut être patient car on est en mode découverte

Et surtout il faut en profiter (ce que j’avais un peu oublier ces dernières années en travaillant comme une damnée) !

5-As-tu rencontré des difficultés ? Quelles sont-elles ? Comment les as-tu dépassées ?

A Berlin, la grosse difficulté que j’ai rencontrée, comme beaucoup l’ont déjà mentionné dans leur témoignage, c’est la barrière de la langue.

Au Canada, la seule difficulté réelle que j’ai rencontrée a été celle de la maladie. À 40 ans j’ai été diagnostiquée d’un cancer improbable (aucun cancer dans la famille). Cette épreuve a brisé ma vie et celle de ma famille pendant près d’un an. J’ai découvert le système médical canadien. Quand le chirurgien québécois m’a demandé si je voulais qu’il m’enlève tout le colon ou seulement une partie… je me suis demandé qui était le médecin et … je suis rentrée en France. En pleine forme jusqu’alors, immigrante donc pas de protection d’expatriée, je n’avais pas cotisé à la caisse des français à l’étranger. J’ai su ce que cela me coûtait…donc un conseil si vous immigrez dans un pays dont le système médical n’est pas optimal, cotisez à la caisse des français à l’étranger (c’est un peu cher mais cela couvre aussi vos enfants…).

6-As-tu vécu des moments de découragement,  qu’est ce qui t’aide ou t’as aidé à rebondir ?

Les seuls moment de découragement que j’ai vécus sont liés à la maladie… aux traitements, à la perspective de la mort. Sinon j’ai toujours vu les choses plutôt du bon côté. Il faut dire qu’à part notre récent déménagement à Toronto, c’est toujours moi qui ait choisi de partir, je n’ai suivi personne… j’ai embarqué mon mari dans l’aventure… il aurait été mal venu de me plaindre ensuite 🙂

7-Peux-tu nous partager par quelles émotions es-tu passée ?

Avant de partir, j’étais…très enthousiaste et excitée et impatiente… cela prend plus d’un an pour obtenir les autorisations pour immigrer au Québec !

Une fois sur place, j’étais…toujours pleine d’enthousiasme et décidé à trouver un travail rapidement car je savais que c’était le principal facteur d’intégration pour les immigrants.

Aujourd’hui, face à cette expérience de l’expatriation, je suis…toujours aussi contente. En plus en vivant un an à Toronto, je me suis rendue compte que nous avions bien fait de choisir Montréal… la vie est tellement plus agréable et plus simple là bas !

8- Et ton parcours professionnel dans tout ça comment l’as-tu géré ? Partage nous.

Nous avons eu beaucoup de chance. Quand nous sommes arrivés mon mari et moi avons mis 4 mois à trouver du travail (nous sommes arrivés en juillet pas la meilleure période pour chercher…). J’étais hyper préparée car j’avais déjà un parcours atypique donc j’ai immédiatement fait marcher le réseau…

J’ai fait des entretiens de courtoisie pour rencontrer un maximum de personnes, je savais que le marché du travail à Montréal était à 80% un marché « caché » qui ne fonctionnait que par réseau et ça a marché ! Ensuite j’ai très vite progressé car ici si on a des résultats on évolue vite jusqu’à devenir directrice générale. Et puis tout s’est arrêté avec le cancer. Car à l’inverse quand vous n’êtes plus productif l’entreprise se sépare de vous sans état d’âme. Le patron pour qui je travaillais depuis 12 ans et dont j’étais la relève n’a donc pas hésité à me licencier alors que je terminais mon combat contre la maladie…

C’est suite à ce coup dur que j’ai reconsidéré ma vie et lancé www.super-boitealunch.com.

9-La tagline du Congrès de l’Expatriation au Féminin est « Agir pour s’épanouir», qu’est ce que ça t’évoque ? Comment y arriver ?

C’est clair, expatrié ou pas… l’immobilisme (à part si on est un contemplatif dans l’âme) cela rend souvent aigri ou frustré…

Chacun agit à sa manière : j’ai des amis qui se sont lancées corps et âme dans des activités caritatives, d’autres qui sont des acteurs essentiels dans les accueils (Montréal accueil, Toronto accueil), d’autres qui s’épanouissent au foyer et sont heureuses d’avoir la chance et le luxe de s’occuper de leurs enfants à plein temps.

Le plus difficile est de trouver ce qui vous correspond vraiment, ce qui vous permet de vous épanouir au quotidien et d’avoir une vie équilibrée !

 10-Et si on voyageait ensemble…

Qu’est ce qui t’a marqué en arrivant dans ton pays d’accueil ?

Le québécois… c’est vraiment une langue différente du français, il y a des accents que j’avais énormément de mal à comprendre alors que je pensais qu’on parlait la même langue !!

Qu’est ce que tu apprécies vraiment ?

Je vais parler de Montréal car je ne suis pas une fan de Toronto. A Montréal, j’aime la qualité de vie ! Il y a un excellent équilibre entre la vie professionnelle et la vie familiale (même quand on a de grosses responsabilités). On est dans grande ville mais il y a beaucoup de verdure et à quelques kilomètres on est dans la nature. On peut skier l’hiver et aller se baigner dans les lacs l’été !

Qu’est ce que tu aimes moins ?

(1) La longueur de l’hiver… les 3-4 premières années on aime ça mais ensuite arrivé au 6ème mois d’hiver on tombe en overdose…

(2) le système de santé… mieux vaut être en forme

(3) la façon dont les entreprises ont tout pouvoir. Outre le fait d’avoir été licenciée en plein cancer j’ai des amis qui se sont fait mettre à la porte sans préavis pour « incompatibilité d’humeur », Les RH viennent vous chercher et dans l’heure vous êtes dehors avec votre petit carton…. Comme dans les séries américaines… il faut être préparé psychologiquement car c’est arrivé quasiment à toutes les personnes que je connais une fois dans leur vie. Par contre le côté positif c’est que tout le monde rebondit très vite en général.

 11-Une anecdote à nous partager ?

Quand je suis arrivée à Toronto, j’ai vite vu que c’était une ville assez impersonnelle très axée sur le business… Dans mon quartier, pourtant résidentiel et familial, personne ne me parlait… jusqu’à que nous achetions un chien ( !)… à Toronto avoir un chien est une institution et je vous invite à lire le billet qui je pense vous amusera. http://super-boitealunch.com/fr/tranche-de-vie-un-chien-dans-la-famille/

 12-Que dirais-tu à celles qui hésitent à se lancer dans cette aventure qu’est l’expatriation ?

Je dirais qu’il faut bien se connaître car cela ne convient pas à tout le monde.

Il ne faut pas partir sur un coup de tête mais bien réfléchir à ce que l’on attend de l’expatriation. J’ai vu beaucoup de femmes suivre leur mari et trouver cela très difficile car elle quittait leur travail, la reconnaissance qu’elles avaient, leur cercle d’amis et la nouveauté ne compensait pas ce manque…

Par exemple dans ma famille je n’aurais pas pu envisager de vivre sans m’expatrier alors que mon frère, élevé de la même manière, n’était pas du tout intéressé par ce type d’expérience… Pour moi c’est fantastique, pour lui cela aurait été un calvaire 🙂

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