Série “Portraits de Femmes Expatriées”

Isabelle, maman de 4 enfants, expatriée aux Etats-Unis après la Suisse, le Maroc, et Taiwan

1-Je te laisse te présenter en quelques mots…

Bonjour, je m’appelle, Isabelle Guglielmi, je suis maman de 4 enfants âgés de 21 à 11 ans. J’habite depuis 9 ans aux Etats-Unis. Je suis pharmacienne, diplômée de la faculté de pharmacie de Lyon. Récemment, j’ai obtenu une certification en aromathérapie aux Etats-Unis. J’ai créé mon entreprise : AmerikSanté : un site santé pour les francophones aux Etats-Unis. Je suis aussi la rédactrice d’un blog, fromside2side, où je raconte mon expérience de l’expatriation aux US : avec nos voyages, mes découvertes, mais aussi parfois mes réflexions sur notre vie américaine.

 

2-Qu’est ce qui t’a amené à partir en expatriation, raconte-nous ton parcours?

C’était un projet familial depuis longtemps. A vrai dire, j’avais toujours eu en tête de partir. Quand j’ai eu l’occasion de faire mon stage de fin d’étude à l’étranger, je l’ai saisie : je ne suis pas partie très loin, puisque c’est en Suisse, à Bâle en Suisse Alémanique que je suis partie. Puis, quelques années après, mon mari a trouvé un poste de VSN (service militaire en entreprise) au Maroc à Casablanca. Je n’ai pas hésité et je l’ai rejoint là-bas. En revenant, nous n’avions qu’une idée, c’était de repartir et quand la boîte de mon mari lui a proposé de partir à Taiwan, nous l’avons fait. De retour en 2003, nous avions 3 enfants ma 3ème était née là-bas). Nous sommes restés 5 ans en région grenobloise, attendant de repartir. Cette fois-ci, c’est les USA qui nous attendait. Dans un premier temps la région de San Francisco en Californie. Nous étions en 2008.

 

3-Pourquoi ce pays ?

Les USA, parce-que c’est ce que nous a proposé l’entreprise de mon mari. Cela aurait pu être Singapour mais son entreprise venait de racheter une entreprise à San José et ils avaient besoin de monde là-bas.

 

4-Qu’as-tu appris sur toi grâce à cette expérience ?

J’ai appris à ne pas dépendre des autres. Il fallait se débrouiller seule.

J’ai appris que mon état d’esprit dépendait avant tout de moi.  J’ai eu la chance de découvrir des gens qui m’ont ouverte aussi à de nouvelles techniques de développement personnel. Cela m’a ouvert à bien d’autres choses et surtout à une meilleure connaissance de moi. Alors quand au bout de 3 ans, il a fallut quitter la Baie de San Francisco et tout recommencer à Kansas City, en plein centre des USA, cela m’a aidé à surmonter les nouveaux défis de cette nouvelle expatriation. A vrai dire, ce n’était plus une expatriation : nous avions eu la green-card (carte de résident) et mon mari avait changé d’entreprise.

 

5-As-tu rencontré des difficultés ? Quelles sont-elles ? Comment les as-tu dépassées ?

Oui en arrivant dans ma nouvelle ville, je ne connaissais absolument personne. Il m’a fallu prendre sur moi et aller vers les autres. Chercher des occasions de rencontrer des gens.

D’autre part, à chaque changement, il y avait énormément de choses à faire (rangements, emballage, tâches administratives), il fallait par la suite, déballer, trouver ses repères etc… et faire en sorte que les enfants se sentent bien dans ce nouvel environnement. Avec un mari très occupé par son nouveau poste, voire, absent pendant de longues périodes, il fallait s’organiser et faire fonctionner la maison, avec 4 enfants (le dernier était né à Grenoble).

Passé l’installation, il fallait par la suite se trouver un fil conducteur. Je l’ai rapidement compris.

 

6-As-tu vécu des moments de découragement,  qu’est ce qui t’aide ou t’as aidé à rebondir ?

Quand j’ai commencé à sentir un certain vide dans ma vie d’expatriée, que j’ai compris que je ne pouvais pas continuer à vivre au jour le jour, sans but, je me suis interrogée pour voir comment je pouvais m’occuper. Je me suis investie dans l’association des parents d’élèves de l’école de mes enfants (le PTA). Mais je ne sentais pas vraiment de but à cette activité, même si elle était prenante. J’avais du mal aussi à voir comment je pouvais chercher du travail et vers quoi m’orienter. J’ai commencé à me dire qu’il fallait que je trouve une activité à moi : que je la créée.

 

7-Peux-tu nous partager par quelles émotions es-tu passée ?

Avant de partir, j’étais submergée par la tache à accomplir : j’ai du mal dans les changements. Il y avait tant de choses à gérer, prévoir etc.

Une fois sur place, j’étais épuisée. La fatigue du changement, l’arrivée en court d’année, les démarches à faire, la découverte de mon environnement avaient raison de moi : j’ai mis un peu de temps à atterrir et à me sentir bien rapidement en Californie. Finalement, j’avais trouvé un vitesse de croisière la seconde année, mais très vite, le départ vers une nouvelle destination, Kansas City s’est profilée. Bizarrement, j’ai mieux vécu ce changement un peu mieux même si il était difficile à bien des  niveaux. Je suppose qu’entre temps j’avais appris à travailler sur moi-même et sur mon état d’esprit.

Aujourd’hui, face à cette expérience de l’expatriation, je suis un peu désabusée. Je pense qu’on idéalise beaucoup l’expatriation. Mais changer d’environnement tous les 3 ans peut être épuisant moralement. Il faut prendre sur soi pour se recréer des repères à chaque fois, se retrouver des amis aussi. On ne mesure pas toujours cela avant de partir. Même les enfants en sont touchés et pour la maman qui est là pour assurer la continuité et le confort de la maison, ce n’est pas facile. On a aussi parfois la nostalgie de son pays. Nous n’avons pas pu y revenir chaque année, alors forcément, les amitiés s’émoussent, la famille manque etc. Il faut apprendre à surmonter cela aussi.

Il y a bien sûr toute la richesse de ces expatriations. Changer c’est aussi découvrir de nouvelles choses, de nouveaux paysages, faire de magnifiques voyages etc. alors cela je ne le renie pas, mais il faut arriver à passer au dessus du quotidien pour toucher à cet état-là.

 

8- Et ton parcours professionnel dans tout ça comment l’as-tu géré ? Partage nous.

Mon parcours professionnel a été plus que chaotique avec cela. En revenant de Taiwan, j’étais perdue alors j’avais réalisé un vieux rêve : compléter ma formation, en faisant une formation à l’IAE de Grenoble. Mon idée était que cela me servirait si j’avais à repartir. Le cheminement a été long à venir mais en 2010, alors que j’étais en Californie, j’ai commencé à entrevoir ce que je pourrai faire. Avec ces différentes expatriations, j’ai en fait, vu l’évolution de internet : cela paraît surréaliste mais en partant au Maroc, Internet n’existait pas. A Taiwan, on en était au début. C’est en Californie, dans la Silicon Valley que j’ai mesuré comment cela pouvait maintenant m’aider : en créant un site web, en me développant sur les réseaux sociaux… etc.. J’ai donc créé en 2011 mon entreprise : AmerikSanté : un site santé pour les francophones aux Etats-Unis. J’ai eu à cœur d’expliquer le système de santé aux Etats-Unis, faciliter la compréhension du système : j’ai écrit un livre pour donner facilement des clés aux personnes qui arrivaient. Ayant toujours été sensibilisée à des médecines douces, je me suis formée à l’aromathérapie. Cela m’a amené encore plus loin, puisque j’ai découvert aussi le monde des toxines environnementales. J’ai réalisé combien nous avions aussi besoin en expatriation de connaître notre environnement pour mieux nous y adapter, au niveau de notre santé.

 

9-La tagline du Congrès de l’Expatriation au Féminin est « Agir pour s’épanouir», qu’est ce que ça t’évoque ? Comment y arriver ?

Je pense que c’est tout à fait cela. En agissant, en se créant une activité par exemple, on se fixe un but et on ne subit plus les années qui filent et s’empilent lors d’expatriations successives. Cela devient un tout et on se remplit intérieurement. Au fil des années, le cycle familiale se perpétue : les enfants grandissent et partent, mais le fait de s’être construite de son côté, a permis de s’épanouir et d’avoir un fil conducteur. En plus, on est amené assez facilement à rencontrer des gens qui se sont spécialisés dans le développement personnel. On apprend des techniques qui aident au fil du temps. Développer son activité c’est aussi apprendre à se connaître, à sortir de sa zone de confort pas exemple pour aller vers les autres, apprendre à se présenter etc..

 

 10-Et si on voyageait ensemble…

Qu’est ce qui t’a marqué en arrivant dans ton pays d’accueil ?

L’amabilité des gens. Les gens sont gentils aux Etats-Unis : cela allège du coup, beaucoup l’ambiance.

Qu’est ce que tu apprécies vraiment ?

J’apprécie cette légèreté justement. J’apprécie aussi de partir à la découverte de l’histoire de mon nouveau pays d’adoption. Il y a toujours quelques choses à apprendre au détour d’un chemin. Il y a toujours des panneaux historiques sur lesquels on peut en apprendre davantage.

Qu’est ce que tu aimes moins ?

La superficialité parfois des gens et leur inculture aussi. C’est malheureux mais il faut souvent se refreiner car on en sait bien plus qu’eux sur leur propre pays.

 

11-Que dirais-tu à celles qui hésitent à se lancer dans cette aventure qu’est l’expatriation ?

Je leur dirais de bien peser ce que cela implique : un déracinement, un changement radicale d’habitude. Il ne faut pas rêver à une expatriation idéale, il faut la vivre. Je vois trop souvent des gens qui me disent : je rêve de venir vivre aux US. Ils ne connaissant le pays qu’à travers les séries TV ou suite à un voyage. Il faut ensuite s’intégrer dans le pays pour y vivre pleinement. Cela prend du temps. Il y a parfois des difficultés importantes. Il faut pouvoir avoir la force de les surmonter pour s’enraciner et apprécier entièrement cette expérience. C’est un chemin qui se construit en fait au fur et à mesure.

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