Série “Portraits de Femmes Expatriées”

Emilie, une nouvelle vie et une belle aventure familiale en Croatie

1-Je te laisse te présenter en quelques mots…

Emilie, 34 ans, maman de 2 enfants (7 ans et 2 ans), expatriée (pour la première fois) en Croatie depuis 3 ans pour une vie plus en adéquation avec nos aspirations familiales et professionnelles…

 

2-Qu’est ce qui t’a amené à partir en expatriation, raconte-nous ton parcours?

Un besoin de changement dans ma vie pro après avoir passé plus de 10 ans au sein de la même société (j’ai été attachée de presse puis responsable et chargée de projets) et l’envie de trouver un vrai équilibre en vie pro et vie familiale, j’avais vraiment envie de voir grandir mes enfants, être avec eux sans pour autant faire l’impasse sur une vie sociale, sans renoncer à travailler ce qui est assez difficile en France.

J’ai tellement été longtemps celle qui regardait à la télé avec envie les reportages et témoignages de Français ayant tentés l’aventure ailleurs pour une vie différente plus proche de leur envie… je découvrais aussi qu’on pouvait faire un autre métier que celui pour lequel on a fait “xx” années d’études, simplement parce que l’envie est là et la motivation plus forte que jamais. Une formidable occasion de se renouveler professionnellement et de créer quelque chose par soi-même… C’est ce qui me faisait envie, cela associé à l’idée de découvrir un autre mode de vie dans un autre pays. On a voulu vivre nos envies, se donner les moyens de vivre la vie que l’on se rêvait et l’on a sauté le pas en se disant qu’en cas de retour nous en reviendrions grandis… pour l’instant nous n’avons aucunement l’intention de rentrer en France pour reprendre notre vie d’avant…!

 

3-Pourquoi ce pays ?

J’ai découvert la Croatie grâce à mon travail il y a 10 ans et nous l’avons parcouru par petits bouts au fil des années. D’abord en couple pendant les vacances puis en famille avec l’arrivée du premier … et d’année en année nous avons fait toute la côte croate (ou presque) ainsi que le Monténégro. Ca a été comme un appel, une révélation… beaucoup de personnes partent très loin pour s’installer à l’autre bout du monde dans des  paysages extraordinaires mais la Croatie qui est à seulement 1h30 de vol de Paris vous offre des criques et plages paradisiaques, des villages encore très authentiques où le folkore est très présent, c’est aussi 1200 îles au larges…! De quoi s’expatrier en étant dépaysé sans être trop loin de la famille. C’était important de pouvoir rentrer en France sans trop de difficulté d’autant que la petite dernière est née ici l’année de notre arrivée. Je voulais vraiment que la famille puisse venir nous voir sans passer des heures en avion, et je voulais moi aussi faire des allers-retours de quelques jour facilement. La Croatie remplissait tous ces critères et nous correspondait à merveille.

Sur le plan professionnel beaucoup de choses sont à faire en Croatie. Le savoir-faire “Made in France” est très apprécié et très porteur dans beaucoup de domaines et il est très facile de créer une société sans se ruiner…

 

4-Qu’as-tu appris sur toi grâce à cette expérience ? As-tu rencontré des difficultés ? Quelles sont-elles ? Comment les as-tu dépassées ?

Se remettre en question, se dépasser… tout reprendre à zéro demande du courage, de l’obstination, c’est une épreuve qui nous impose d’aller chercher au fond de soi l’énergie et la motivation nécessaire. S’intégrer, se faire accepter c’est aussi parfois faire le dos rond et faire des compromis pour s’adapter à son nouveau pays… C’est aussi accepter d’être considérée comme l’étrangère et faire face parfois à des remarques parce que oui tu arrives dans ce pays où tu ne maîtrises pas encore la langue…mais non tu n’es pas là pour profiter du système de santé ou des aides sociales comme certains ont pu le penser (ceux là même ne savant pas que nous sommes bien mieux lotis en France sur ce point!). C’est donc accepter de laisser le temps au temps pour se faire accepter, s’intégrer, et aussi apprendre une nouvelle langue, faire ses preuves, montrer aux autres ce dont on est capable et se le prouver à soi-même.

Cette expérience m’a aussi permis de faire copain copine avec la patience alors qu’elle et moi n’étions pas trop copine… Moi qui avait l’habitude de faire avancer les choses, de tout prendre en main, ca a été très difficile car j’ai été dès notre 1er jour complètement dépendante de mon conjoint qui lui maîtrise parfaitement le croate, j’ai dû tout lui déléguer. Il a vraiment tout géré depuis notre arrivée et j’étais simple spectatrice… Moralement ça été très dur pendant de nombreux mois, un vrai coup pour mon ego… après avoir été très active avec une vie pro ultra remplie (des horaires de fou) je me voyais reléguée au rôle de maman et de maîtresse de maison et uniquement ça… Mais je savais que ce serait passager, le temps d’apprendre la langue… manque de bol, je ne suis pas très douée pour les langues étrangères, l’apprentissage du croate est long mais je tiens la barre et ne lâche rien car je sais que c’est la clé de mon autonomie et de mon indépendance professionnelle. En attendant d’atteindre cet objectif, j’ai dû ruser pour me retrouver…

J’ai créé le site www.les-petits-expats.com, un site dédié aux parents  tourné sur l’expatriation du côté des enfants, pour mieux vivre l’expatriation en famille (scolarité, bilinguisme, gestion des émotions etc). C’est un site / blog qui donne des clés aux parents pour faire découvrir le monde aux enfants et les accompagner d’une façon ludique dans la pratique du français à la maison. Comme mon fils adore écrire et recevoir des lettres, j’ai intégré au site une plate-forme d’échange pour mettre en relation les “juniors expats” et les classes de métropole, car je crois que les enfants expatriés ont beaucoup à apporter aux enfants restés en France !

N’ayant pas eu la chance d’avoir une entreprise qui nous a envoyé à l’étranger, il nous a fallu créer nos propres emplois. J’ai ainsi  développé une activité de conseils auprès d’entreprises françaises qui souhaitent s’implanter en Croatie et j’apporte mon aide aux Français souhaitant vivre ou acheter un bien immobilier en Croatie. Et j’ai aussi une autre activité pendant la saison touristique pour être proche des locaux et apprendre la langue de façon plus intense aux contacts des touristes croates ! Enfin, il y a peu j’ai aussi créé le groupe Facebook Expats Français et Francophones en Croatie car je crois en la force d’un réseau…!

 En dehors des difficultés évoquées plus haut, il y a effectivement eu d’autres embûches. J’ai l’impression de commencer seulement maintenant à sortir la tête de l’eau. Les tracasseries administratives y sont pour beaucoup… ! Et c’est vrai que tout est plus compliqué je trouve dans un pays qui n’est pas le tien, tu découvres des habitudes de vie, des jours fériés qui ne sont pas dans le calendrier, des pratiques dans le business dont tu n’avais pas connaissances, les lois etc…

 

5-As-tu vécu des moments de découragement,  qu’est ce qui t’aide ou t’as aidé à rebondir ?

Oui ils ont été nombreux, mais le jour où nous avons décidé de partir nous savions que recommancer à zéro, tenter une expatriation sans filet, serait difficile. Nous nous sommes donné 3 ans pour voir ce que cela donnerait. On passe en ce moment ce cap des 3 ans et nous sommes fiers, fiers d’avoir tenus, résistés aux tempêtes, et d’avancer. Tout n’est pas encore d’applomb, il reste encore du chemin afin d’avoir la vie que l’on rêvait mais je crois que l’on tient le bon bout et surtout l’envie de rester et d’avancer et toujours là alors tant qu’il y a plus de satisfactions que de “moins”, on s’y retrouve dans ce choix de vie ! Et de toute façon on n’a rien sans rien dans la vie, non ?

La langue reste pour moi une difficulté à surmonter chaque jour, j’ai beaucoup douté de moi, de mes capacités à apprendre une nouvelle langue : découragée car je me suis sentie redevenir une enfant … lorsque tu n’arrives pas à t’exprimer pour faire seule des petites choses du quotidien, comme demander ton RIB au guichet de la banque, prendre rendez-vous chez le médecin et bien comprendre le jour et l’horaire du rdv, amener seule son enfant chez le docteur car tu sais d’avance que tu ne comprendras que partiellement ce que l’on va te dire, idem pour les réunions d’école… mais si tu ne le fais pas alors tu restes chez toi comme je l’ai fait au départ, tu te renfermes sur toi même, tu t’empêches toi même d’avancer. J’ai eu la chance d’avoir un conjoint qui a su me secouer quand il le fallait et m’encourager, me dire de ne pas avoir peur et d’y aller, de foncer car nous étions venu pour ça… Alors oui j’ai parfois eu envie de tout abandonner, mais j’en ressort grandie, plus forte.

Parfois même s’il y a seulement 1200km quoi nous sépare de notre famille, certains jours sont plus dur (les fêtes de famille me manque beaucoup), parfois ma petite de 2 ans pleure son papi et sa mamie et ça m’arrache le cœur, heureusement Skype,  et easy jet existent, ça nous sauve la vie !!! Nous voyons moins la famille mais nos rapports sont plus dans la simplicité (le plaisir se retrouver vraiment).

 

6-Peux-tu nous partager par quelles émotions es-tu passée ?

Avant de partir, j’étais… excitée et angoissée : une nouvelle vie à construire avec tous les bonheurs à venir et les difficultés présagées, mais j’étais au fond de moi même confiante car c’était un projet que nous voulions réellement mener et je savais que nous ferions tout pour y arriver, que nous y mettrions tout notre cœur et toute notre énergie.

Une fois sur place, j’étais…déprimée et perdue les premiers jours (bon il faut dire que j’étais enceinte et en fin de grossesse), émerveillée par la beauté des paysages, la douceur de vivre et la gentillesse des gens dans notre village

Aujourd’hui, face à cette expérience de l’expatriation, je suis… plus sereine, plus confiante qu’au départ pour notre avenir ici et pour le devenir de nos enfants à qui nous offrons une expérience unique et précieuse de s’ouvrir aux autres et aux monde, de devenir multi lingue. Je suis aussi rassurée quant à la force de notre couple, cette aventure a irrémédiablement resserré nos liens, nous sommes plus unis que jamais, c’est une force et un lien indescriptible qui était comme sous-jacent et qui a été comme révélé…

Et je rajouterais : “demain”… je serais hyper fière de moi, fière d’avoir gravi les pentes dans les moments difficiles, de n’avoir rien lâché pour atteindre notre objectif. Folle de joie de pouvoir tenir une conversation du début jusqu’à la fin et de tout comprendre (j’ai hâte) ! Et je serais fière de me retourner sur cette aventure et de voir tout le chemin parcouru avec mon conjoint, ensemble main dans la main (car c’est aussi une épreuve pour le couple).

 

7- Et ton parcours professionnel dans tout ça comment l’as-tu géré ? Partage nous.

Ce départ à l’étranger, c’était aussi un choix me permettant de me renouveler professionnellement. Après avoir passé plus de 10 ans en agence de communication j’avais envie d’autre chose et de créer ma propre boite dans laquelle je pourrais intégrer plusieurs activités pour m’épanouir pleinement. Je ne voulais pas me sentir enfermée, étriquée dans un seul secteur. Faire 3 jobs dans une journée (comme le font les slasheuses), ça m’éclate, c’est juste génial, impossible de m’ennuyer, je découvre plein de choses, et je me sens plus riche intellectuellement ! Je me retrouve complètement, je suis plus en phase avec moi même.

 

8-La tagline du Congrès de l’Expatriation au Féminin est « Agir pour s’épanouir», qu’est ce que ça t’évoque ? Comment y arriver ?

Il est évident que pour moi, quel que soit le schéma d’expatriation dans lequel les femmes et les mamans se trouvent, nous devons vivre pleinement cette période de notre vie. Que nous soyons à l’origine de l’expatriation ou conjoint suiveur (je trouve d’ailleurs cette appellation très restrictive et péjorative), il est important que nous soyons actrice et que nous nous épanouissons. L’expérience n’en n’est que plus bénéfique et je crois que nous nous sous-estimons souvent… c’est aussi l’occasion de se découvrir en nous poussant, en explorant nos envies cachées, bref de s’accomplir…!  Échanger et partager ses envies et projets avec son conjoint, demander conseils à des pro ou des structures dédiés bref s’entourer de personnes qui sauront vous soutenir et vous aiguiller. N’écoutez pas les mauvaises langues (il y en a toujours) et l’expérience m’a appris que ce sont souvent des personnes jalouses… Au contraire nourrissez vous des critiques constructives et des témoignages d’autres expats. Allez-y, foncez de toute façon vous n’avez rien à perdre mais tout à gagner, car si tant soit peu que l’on considère un échec, on apprend dans l’adversité ! Agir pour s’épanouir, il n’y a rien de plus vrai, et se donner les moyens d’y arriver.

 

 9-Et si on voyageait ensemble…

Qu’est ce qui t’a marqué en arrivant dans ton pays d’accueil ?

J’avais découvert la Croatie pendant des années lors de vacances, donc ça n’a pas été une grande surprise lors de notre installation. C’est un pays que j’affectionnais déjà tellement. Ce qui m’a marqué ce sont les traces du passé encore très présentes. La Croatie est née de l’éclatement de l’Ex-Yougoslavie, après la guerre qui s’est terminée en 95. Beaucoup de maisons et de bâtiments encore debout portent des impacts de balles, c’est encore très frais dans l’esprit des croates, c’est un peuple fier, très attaché à son histoire et un pays en pleine construction. Les gens sont aussi extrêmement solidaires, vous pouvez demander n’importe quoi à un croate, si vous avez besoin d’aide il le fera. Ils ne sont pas du tout individualistes, c’est une belle qualité humaine.

Qu’est ce que tu apprécies vraiment ?

Le rythme de vie méditerranéen qui laisse à tous un vrai temps de famille avec le travail. Ici, hors capitale on entame sa journée de travail vers 7h pour la terminer vers 14h. C’est extra ! On a l’impression que le temps s’écoule plus lentement, que l’on peut vraiment prendre le temps de vivre, c’est tellement différent et tellement agréable ! Je profite pleinement de mes enfants, je les vois grandir, c’est très précieux à mes yeux. Et puis notre cadre de vie est magnifique, c’est très authentique, nous avons face à nous plus de 1200 îles, la mer, le soleil… c’est notre petit paradis !

Qu’est ce que tu aimes moins ?

La nonchalence des croates, des dalmates pour être plus précise… On ne peut pas dire que les gens sont stressés ici.. j’ai appris que si on te donne rdv chez toi pour que le technicien passe tel jour à telle heure pour régler ton problème d’internet, ca n’a rien d’anormal que tu l’attendes 3 ou 7 jours durant… Du coup pas facile de faire avancer les choses quand tu as un business…! Mais du coup, cela m’a permis de lâcher prise et d’être plus sereine. Pas la peine de se stresser ni de s’angoisser et encore de s’énerver, ca n’avancera pas plus vite alors autant rester calme et confiante…!

 

 10-Que dirais-tu à celles qui hésitent à se lancer dans cette aventure qu’est l’expatriation ?

Il est temps de vivre la vie que tu t’es rêvée, rien n’est impossible ni insurmontable. Si tu pars du principe que tu n’as rien sans rien alors tu sais que tu vas devoir bosser pour atteindre ton but. Si d’autres l’ont fait, ait confiance tu y arriveras toi aussi (j’en suis la preuve vivante :))

Réserve ta place et participe aux 11 conférences proposées par des expertes exceptionnelles !

Inscris-toi dès maintenant au Congrès International de l'Expatriation au Féminin

et participe aux 11 conférence en ligne

(possibilité de recevoir le replay)

Bravo pour ton inscription ! Rdv dans ta boite mail ;)